Des européens plus favorables au nucléaire
Tag(s) : énergie nucléaire, déchets radioactifsMagazine alternatives n° 20, 2e trimestre 2009 Rubrique : Décryptage
La dernière enquête de l'Eurobaromètre souligne l'évolution significative de l'opinion publique en faveur du nucléaire face aux défis énergétiques du XXIe siècle. Mais, si les avantages de cette source d’énergie sont désormais reconnus, des interrogations demeurent sur la gestion des déchets.
Avec son ambitieux plan des « trois 20 » (20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, plus de 20 % d’énergie d’origine renouvelable, le tout à l’horizon 2020), la Commission de Bruxelles a choisi de relever le triple défi du réchauffement climatique, de la hausse de la demande mondiale d’énergie et de la sécurisation de ses approvisionnements en se dotant d’une énergie sûre, compétitive et durable. Pourtant, si le nucléaire a été officiellement reconnu par l’Union européenne comme particulièrement attractif pour sa capacité à produire une électricité fiable et propre, les attitudes des gouvernements et des opinions publiques vis-à-vis de cette source d’énergie n’en restent pas moins relativement contrastées.
60 % des Européens reconnaissent des avantages indiscutables au nucléaire
Le constat du dernier Eurobaromètre est clair. Le rééquilibrage en faveur des « pronucléaires » face aux « anti » est significatif: 44 % des Européens expriment désormais une opinion « plutôt favorable » ou « très favorable » sur cette énergie, 45 % y restant « plutôt » ou « totalement opposés ». Soit un gain de 7 points pour les premiers, contre une perte de 10 points pour les seconds... Depuis l’avant dernière vague de sondages, en 2005, l’acceptabilité du nucléaire dans l’opinion publique s’est en effet significativement accrue dans une majorité de pays de l’UE (17 sur 27), en particulier dans ceux déjà dotés de centrales. Et plus de 60 % des Européens reconnaissent au nucléaire ses avantages indiscutables pour diversifier les sources d’énergie, pour sa contribution à la réduction de la dépendance aux hydrocarbures (pétrole et gaz) et par ses très faibles émissions de gaz à effet de serre.
L’opinion reste partagée sur la gestion des déchets
Mais le constat sur les interrogations que soulève son développement est tout aussi clair: la gestion des déchets est considérée comme cruciale. L’étude montre que près de 40 % des opposants pourraient potentiellement changer d’avis si on leur apportait la preuve qu’une solution définitive et totalement sûre était possible dans ce domaine. Par ailleurs, plus de 9 Européens sur 10 (93 %) estiment qu’il est urgent de trouver dès maintenant une solution technologique à la gestion des déchets, plutôt que d’en laisser le soin aux générations futures.
Les opinions sont en outre partagées sur les choix du stockage géologique profond de ces déchets (stockage réversible ou irréversible), solution présentée comme la plus sûre par les institutions et les spécialistes du domaine. Les craintes associées à cette solution portent sur l’environnement et la santé (risques de fuites radioactives) et constituent donc la cause de son rejet, la proximité de sites d’enfouissement étant jugée potentiellement dangereuse pour les zones d’habitation.
La perception des dangers réels ou supposés demeure subjective
L’Eurobaromètre souligne par ailleurs une forte demande d’information sur la gestion des déchets. Depuis 1998, date de la première enquête dédiée, hormis en Suède, une majorité de l’opinion publique (fluctuant autour de 75 %) s’estime en effet peu ou pas informée, et ce, indépendamment de la présence ou non de centrales en exploitation. L’étude révèle en outre le paradoxe de plusieurs opinons publiques nationales qui se plaignent d’une information subjectivement perçue comme insuffisante, mais qui n’en affichent pas moins leur soutien au nucléaire! Exemple typique, la France, pays pourtant le plus équipé en centrales, ne compte que 20 % de citoyens satisfaits sur le plan de l’information, mais une majorité (52 %) reste favorable à cette source d’énergie...
Sur les dangers réels ou supposés des déchets, une forte majorité d’Européens (78 %) pense que tous les déchets radioactifs sont très dangereux et une majorité relative (42 %) pense même que seules les centrales nucléaires en produisent, ignorant les autres sources que sont, par exemple, les instituts de recherche ou certains hôpitaux. Le classement montre toutefois que le niveau de connaissance objective sur les sources, la nature et la dangerosité des déchets radioactifs est d’autant plus élevé que les pays sont dotés d’équipements de production.
Associer les citoyens au processus de décision
Les conclusions soulignées par l’Eurobaromètre peuvent être globalement considérées comme encourageantes : les citoyens témoignent en effet d’une attitude très « proactive » vis-à-vis des processus de prise de décisions et ils souhaitent y être davantage associés, tant au niveau national qu’à l’échelon européen. Enfin, il faut noter un retour récent du nucléaire là où il avait été banni. Témoin la Suède qui, en février 2009, vient de mettre fin à un moratoire voté par référendum en 1980 en autorisant la construction de nouvelles centrales (jusqu’à dix). L’opinion publique, dans ce pays, y est d’ailleurs favorable à 82 %. Tandis qu’en Allemagne, qui avait choisi, en 2000, d’arrêter progressivement sa production d’énergie nucléaire, la réflexion sur une remise en cause de cette décision atteint désormais les plus hautes instances politiques...
Pour aller plus loin :
• L'enquête complète Eurobaromètre: http://ec.europa.eu
• Plan d’action pour l’énergie de la Commission européenne : http://europa.eu/rapid


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