William C. Ramsay : La Russie, acteur incontournable pour l’Europe ?
Tag(s) : politique énergétique, enjeux énergétiquesMagazine alternatives n° 20, 2e trimestre 2009 Rubrique : Électron libre
Dépendance ou interdépendance ? Les relations énergétiques entre l’Europe et la Russie sont devenues de plus en plus complexes depuis la fin des années 1990. La crise financière et la hausse du pétrole amènent Moscou à être plus conciliant, pour le plus grand profit de chacun des deux partenaires.
L’avis de William C. Ramsay
Directeur du programme énergétique « Gouvernance Européenne et Géopolitique de l’Énergie » de l’Ifri, dernièrement Directeur exécutif adjoint à l’Agence internationale de l’énergie (AIE, de 1999 à 2008), William C. Ramsay a été précédemment sous-secrétaire d’État au département d’État des États-Unis, Responsable de l’énergie, des matières premières et des sanctions économiques. À ce titre, il a largement contribué à développer le dialogue entre les pays producteurs d’énergie et les institutions internationales. Il a également été en poste comme Conseiller économique en Arabie saoudite et a enseigné en Afrique francophone (en Guinée), comme membre du Peace Corps.
L’attractivité de la Russie en tant que source d’énergie est évidente: sa proximité géographique, la disponibilité de ressources abondantes à un coût raisonnable et, enfin, son engagement à s’intégrer aux réseaux électriques européens en font un partenaire logique par excellence.
La Russie devrait profiter des talents et des capitaux occidentaux
La Russie ne peut cependant totalement garantir les approvi sionnements européens. En particulier pour la production de gaz naturel liquéfié (GNL) ou pour l’exploitation des champs gaziers et pétrolifères en eaux profondes, du fait de technologies et/ou d’équipements obsolètes... Elle a donc besoin de l’apport des opérateurs occidentaux, que ce soit au travers de joint-ventures ou tout simplement en achetant leurs services. Ce pays n’a pas non plus exploré toutes les potentialités de ses ressources. Ainsi, la Russie est très richement dotée en gaz, mais, jusqu’à présent, elle n’en a exploité que la part la plus facile et pourrait confier cette tâche à des opérateurs plus souples et plus « agiles » que ses géants du gaz Surgutneftegaz ou Gazprom. Or, la Russie a pris depuis quelques années le chemin inverse de la coopération avec les compagnies occidentales. Pourtant, avec un baril de pétrole descendu pour l’heure à 50 dollars et un besoin de financement annuel de 50 milliards de dollars (somme qu’elle risque de ne plus trouver sur les marchés), elle devrait voir son intérêt à relancer cette coopération. Par exemple, en réformant ses lois sur le soussol pour rendre l’attribution des concessions et des permis d’exploitation plus attractive pour les investisseurs étrangers, ou encore en améliorant son régime fiscal ou la sécurité environnementale. Enfin, elle devrait renoncer aux divers procédés qui lui ont permis d’entraver le développement de compagnies étrangères sur son territoire.
La crise aura un impact sur les nouveaux projets de gazoducs
Dans ce contexte, la crise financière pourrait constituer une opportunité pour rééquilibrer ses relations avec l’Occident. Ce pays a craint pendant longtemps – et à juste titre – que le reste du monde ne veuille mettre la main sur ses intérêts dans le gaz et dans le pétrole. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : ce sont les opérateurs russes et le Kremlin qui dominent dans ces deux secteurs. Mais, au lieu de se replier sur eux-mêmes, ils devraient profiter de l’apport des talents européens, américains, asiatiques… Par ailleurs, la crise actuelle aura des impacts sur les projets de liaisons en cours. Les flux du pétrole auront plus de difficulté à être financés, du fait des questions que l’on se pose désormais sur la nécessité d’augmenter les capacités. Le gaz, indexé au pétrole, subira les mêmes problèmes et verra obligatoirement son prix baisser avec six mois de décalage. D’ailleurs, les projets évoqués, Nabucco, Northern Stream, en sont toujours au niveau des discussions et rien n’a encore été construit. En 1999-2001, lorsque le rouble était dévalué, les opérateurs russes ont fait appel aux savoir-faire et aux capitaux occidentaux. Aujourd’hui, ces mêmes opérateurs font pression sur le gouvernement russe pour relancer cette coopération. Serait-ce le début d’un nouveau chapitre ou une simple parenthèse ? Espérons qu’il s’agira d’une ère réellement durable et bénéfique pour l’Europe et la Russie et que cette dernière en finira avec sa méfiance vis-à-vis de l’étranger...
Enfin, en ce qui concerne leurs voisins immédiats, je crois que les Russes comprennent progressivement qu’il peut être très coûteux de « fermer les robinets ». Ils pourraient éventuellement voir moins de risques à le faire avec les douze nouveaux membres de l’Union européenne en constatant que ces pays ne sont pas réellement intégrés à l’Europe des vingt-sept. Mais les Russes hésiteraient à nuire à la France, à l’Allemagne, à l’Italie... Ne serait ce que parce qu’ils partagent trop d’intérêts avec ces pays.

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