Composer un portefeuille énergétique peu émetteur en CO2 : avis d'expert
Tag(s) : énergies renouvelables, énergie sans CO2Magazine alternatives n° 20, 2e trimestre 2009 Rubrique : Dossier
Avis d’expert : Rosa Yang
Rosa Yang est Directrice adjointe du Département technologie et innovation de l’EPRI, l’Institut de recherche américain sur l’énergie électrique. Cet ingénieur nucléaire formé à Berkeley (université de Californie) a commencé sa carrière chez General Electric, avant de rejoindre l’EPRI en 1987, où elle a dirigé les recherches sur la chimie des matériaux pour le secteur nucléaire.
Alternatives : À votre avis, quelle sera l’innovation qui changera tout en matière d’énergie ?
Rosa Yang : Il n’est pas possible de n’en retenir qu’une. Mais la priorité est selon moi de développer et valider les technologies de capture et de stockage du carbone. En effet, plus de 50 % de la production d’électricité mondiale est assurée grâce au charbon ! Ces technologies sont donc indispensables pour composer un portefeuille énergétique peu émetteur en CO2. Moderniser le réseau, « la grille électrique », est tout aussi critique. L’EPRI a d’ailleurs développé un groupe de travail qui intègre ces deux aspects : l’ElectriNet est une autre façon de penser le secteur électrique. Dans ce projet, les utilisateurs participent à la diversification des ressources et interagissent pour optimiser la production, la gestion et la consommation de l’électricité.
Quels sont les progrès à accomplir pour y parvenir ?
R. Yang : Il faut un système de production électrique peu émetteur de CO2, qui servira de modèle pour les autres secteurs économiques. Un réseau électrique intelligent, qui optimise la transmission et la distribution, qui intègre les énergies renouvelables intermittentes et le stockage à large échelle. On attend aussi un système de transport électrique capable d’inclure les voitures électriques et le réseau ferroviaire. Et des réseaux locaux, qui gèrent des ressources et de la production sur site... Cet ElectriNet n’est pas seulement un plan d’action, mais aussi une nouvelle vision du système électrique.
Quels sont les obstacles qui empêchent d’aboutir rapidement ?
R. Yang : Ils sont nombreux, et beaucoup sont liés à la technologie. Comme le développement de centrales charbon plus efficaces ou les applications qui optimisent la consommation chez les utilisateurs finaux. Mais il y a d’autres obstacles conjoncturels, réglementaires ou sociétaux. Par exemple, la demande croissante en énergie nécessite le déploiement de productions de grande échelle, qui demandera quant à lui de nouvelles lignes de transport et de distribution. Ces projets soulèvent inévitablement des réticences sociétales, des questions environne mentales, ils sont soumis à des exigences nationales... Enfin, des défis légaux et réglementaires restent à relever pour la séquestration du CO2, si elle est déployée à grande échelle.

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