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Robert Bell : La bulle verte va-t-elle exploser ?

Tag(s) : énergies renouvelables, énergie éolienne

Magazine alternatives n° 19, 3e trimestre 2008 Rubrique : Électron libre

Rien à voir avec l’immobilier. Le développement du marché des énergies renouvelables est assuré et solide selon le professeur Robert Bell, auteur de La Bulle verte. Parce que les techniques ne cessent de s’améliorer, parce qu’elles se traduisent par des applications concrètes et qu’elles préparent notre avenir.

L’avis de Robert Bell

Robert Bell est le doyen du département de sciences économiques du Brooklyn College (New York). Il s’est déjà attaqué dans ses précédents ouvrages aux mécanismes spéculatifs autour des nouvelles technologies. Il a publié en février 2007 La Bulle verte1, dans lequel il expose ses thèses sur l’essor des énergies renouvelables. Selon lui, le changement climatique va bouleverser l’économie. Nous allons entrer dans une période d’investissements et de spéculation intense autour des énergies vertes. Mais cette croissance n’est pas sans fondements, car ces technologies sont celles qui nous affranchiront de la dépendance au pétrole.

Avec quelque 55 milliards d’euros d’investissements dans le monde en 2007, dont 46 % dans l’éolien2, le marché des énergies vertes surpasse déjà celui d’Internet, et dépassera bientôt celui des télécommunications. Même si le crack de cet automne peut retarder le phénomène. Pas de doute, nous allons atteindre un point culminant. Nous ne pourrons pas éviter, au final, une bulle spéculative, car les marchés financiers des États-Unis sont de véritables machines à créer des bulles financières. Mais nous n’en sommes pas encore là. Loin de là ! En octobre 2008, les hedges funds ont bazardé leurs valeurs vertes, pour couvrir leurs dettes, causant un crack encore plus important pour ces valeurs que pour le reste du marché. Mais elles rebondiront plus rapidement. Même si je ne crois pas que ce qui nous attend dans les prochaines années soit une « bulle verte ». Du moins pas comme l’a été, dans les années 1990, la bulle des valeurs Internet et télécoms. Parce que, grande différence, la demande pour les énergies vertes est réelle, en croi s sance, et débouche sur des équipements et une production concrète. Et que la demande est toujours en croissance pour les turbines éoliennes. Elle est d’ailleurs tellement forte que les carnets de commandes sont remplis pour deux ans. Du moins l’étaient-ils avant la crise financière. Depuis, Gamesa, le producteur de turbines éoliennes, n’est plus disposé à annoncer des objectifs précis pour 2009-2011 et a stoppé sa production.

Dans le solaire photovoltaïque, le paysage était différent. Les multiples de valorisation (le rapport entre la valorisation et les bénéfices de la société) se sont envolés avant le crack. Les multiples de capitalisation (PER)des sociétés américaines First Solar et SunPower étaient res - pectivement de 100 et 255 en juillet. Des valeurs correspondant à une bulle financière. Au 23 octobre, ces valeurs ont respectivement chuté à 45 et 52.

Les dernières innovations techniques sont très prometteuses

C’est sur ces données que s’est basé le monde de la finance pour comparer en permanence ce qui se passe actuellement dans les énergies renouvelables à la bulle Internet, en oubliant que ces sociétés spécialistes du photovoltaïque ont doublé leurs ventes chaque année (PRE-CRASH). Mais c’est selon moi un point de vue totalement erroné de croire qu’à chaque fois qu’une nouvelle technologie apparaît, elle conduit à l’explosion d’une bulle. C’est loin d’être le cas. Il y a des technologies nouvelles qui changent effectivement le monde dans lequel nous vivons. C’est le cas des énergies renouvelables. La seule question est désormais de savoir si les techno - logies proposées par les entrepri ses sont prêtes à répondre à nos besoins d’aujourd’hui, et pas à ceux que nous pourrions rencontrer dans quarante ans. Ou même dix ans. Dans cette optique, la pile à combus - tible n’a pas un brillant avenir. Non seulement cette technologie est trop chère, mais pour produire l’hydrogène- carburant qu’elle uti lise, les matières premières sont le charbon, le pétrole ou le gaz.

Pour l’éolien en revanche, pas de problème. Quant au solaire photovoltaïque, le principal obstacle devrait être levé. En effet, le prix du silicium, le principal constituant des cellules solaires d’aujourd’hui, est sur le point de chuter. C’est en tout cas ce que disait fin juin le PDG de Q.Cells dans le Financial Times en déclarant que nous nagerions bientôt dans le silicium. Quant au stockage de l’électricité, nécessaire pour pallier l’intermittence des énergies vertes, il sera bientôt possible à grande échelle. Le Japonais NGK Insulators est désormais en mesure de produire industriellement des batteries sodium-soufre, permettant de stocker de grandes quantités d’électricité. Cette étape, je pense, va permettre aux énergies renouvelables de prendre leur plein essor, et même de prendre le pas sur le nucléaire. Il suffit de voir les projets annoncés par les développeurs de projets dans les éoliennes ces derniers mois. L’un d’entre eux, Mesa Power, s’apprête à construire 4 GW de capacités électriques sur un unique projet au Texas, construit d’ici à 2014. Le projet devrait coûter 10 milliards de dollars, 2,5 par GW, un coût d’investissement assez intéressant. Un coût d’investissement finalement assez intéressant, par rapport à d’autres projets plus capitalistiques, comme les centrales nucléaires. Cela va-t-il donner un avantage à l’éolien dans la crise actuelle ? Nous verrons bien.

L’Amérique va se convertir aux véhicules à moteur hybride

La biomasse a elle aussi un brillant avenir devant elle. Si on lui intègre l’énergie produite à partir des déchets d’incinération ou le biogaz issu des stations d’épuration, les capacités installées ont été multipliées par quatre l’an dernier. Ces ressources constituent aussi une réponse à la tension sur les carburants. L’éthanol-carburant de première génération est disponible, et les problèmes de concurrence sur l’utilisation énergétique ou alimentaire du maïs ont été selon moi largement exagérés. Mais c’est surtout la deuxième génération, à partir de l’éthanol cellulosique (quand toute la plante est utilisée pour produire du biocombustible) qui va être utile pour une transition vers des véhicules électriques. Car l’avenir appartient aux véhi cules hybrides. Je pense sincèrement qu’un jour, d’ici dix à quinze ans, le parc automobile américain sera à plus de 70 % constitué de véhicules hybrides. Le délai sera plus ou moins long suivant la volonté du gouvernement, mais nous allons dans cette direction. Le réchauffement climatique, combiné à la crise économique, offre aux gouvernements l’immense opportunité de pousser dans ce sens, quel que soit le prix du pétrole. Déjà, en 2007, la consommation d’essence a baissé de 4 % en Californie, pour la deuxième année consécutive. Ce mouvement va s’étendre.

Pour toutes ces technologies, la croissance commence à peine. Nous ne sommes pas à l’aube d’une bulle verte, mais plutôt aux prémices d’une période qui s’apparente à ce que les Français appellent « les Trente Glorieuses ». Cela n’empêchera pas qu’il y ait des crises, des périodes de récession, mais le mouvement général sera ascendant. Les énergies vertes jettent les bases d’une véritable croissance industrielle.

1. La Bulle verte, Robert Bell, éditions Scali, 2007.
2. Selon des données SEFI et New Energy Finance.

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