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Un tiers seulement des gisements sont réellement valorisés : avis d'expert

Tag(s) : pétrole

Magazine alternatives n° 19, 3e trimestre 2008 Rubrique : Dossier

Thierry Pilenko

Thierry Pilenko est le PDG de Technip, l’un des leaders mondiaux de l’ingénierie, des technologies et de la réalisation de projets dans les domaines du pétrole, du gaz et de la pétrochimie. Technip produit notamment des conduites flexibles et des platesformes, et dispose pour l’installation des pipelines et la construction sous-marine d’une flotte de navires spécialisés.

Alternatives : Quelles sont les principales contraintes techniques que vous rencontrez dans la mise en exploitation des gisements non conventionnels?

Thierry Pilenko : Les conditions extrêmes des grandes profondeurs océaniques amènent notamment des contraintes de température et de pression, auxquelles nous devons apporter des solutions. Mais les questions clés relèvent aussi des dimensions économique, environnementale et humaine des projets. Comment exploiter les sables asphaltiques du Canada tout en maîtrisant les émissions de CO2 ? Comment soutenir durablement le développement des communautés locales dans les pays producteurs ? Comment adapter des solutions éprouvées dans le golfe du Mexique à des environnements aussi exigeants que les régions arctiques ? Comment intégrer, dès la phase de conception, les contraintes liées aux tensions sur le marché des équipements et sur la disponibilité dans certaines régions du monde de personnels qualifiés pour la construction des installations on-shore ?

Qu’est-ce que l’on ne sait pas encore faire techniquement ?

T. Pilenko : Aujourd’hui, on sait forer à 3000 mètres sous le niveau de la mer, mais on ne sait pas encore exploiter le pétrole. Autre exemple, les procédés de fabrication des carburants de synthèse – GTL (gas to liquid), CTL (coal to liquid) etc. – sont bien connus, mais des progrès restent à accomplir pour accéder à des rendements énergétiques pleinement satisfaisants. Je suis convaincu que les efforts de recherche et de développement permettront de franchir de nouvelles étapes. Nous avons ainsi développé des solutions qui ouvrent aujourd’hui la voie à la liquéfaction du gaz naturel en mer, valorisant des ressources inexploitables jusqu’à présent.

De combien d’années pensez-vous que les progrès techniques vont encore faire reculer le «Peak Oil»?

T. Pilenko : Des innovations ont permis de faire reculer le déclin de la mer du Nord d’une dizaine d’années. Rappelons également qu’aujourd’hui,seuls 30 à 40 % des gisements sont réellement valorisés. Avec un taux de récupération de 60 %, on doublerait pratiquement les réserves exploitables. En amont, les progrès de la sismique permettent de découvrir des gisements invisibles auparavant. Cela a été le cas récemment au Brésil. Cette problématique incontournable se pose à plus ou moins long terme pour toutes les ressources naturelles non renouvelables et par définition en quantité finie. Elle se situe à la croisée de considérations scientifiques, techniques, sociétales, économiques et géopolitiques.

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