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Un cadre de régulation structuré et cohérent pour l'europe de l'électricité : avis d'expert

Tag(s) : réseaux électriques

Magazine alternatives n° 11, 1er trimestre 2006 Rubrique : Dossier

L'Europe de l'électricité se renforce et s'élargit. La fiabilité du système exige des efforts accrus et permanents d'harmonisation des procédures de contrôle et de concertation entre gestionnaires de réseaux.

Pierre BORNARD 

Président du comité exécutif d'ETSO. Membre du Directoire de RTE, Directeur Général Adjoint, Président de Powernext.

Alternatives : Quels sont les nouveaux risques et les défis qu'affronte le premier réseau électrique mondial transnational ?

P. BORNARD : Les récents black-out* ont démontré qu'aucun système électrique n'est complètement protégé contre les risques liés à des événements climatiques ou techniques d'ampleur exceptionnelle. L'Europe a eu la tentation, jusqu'à une époque récente, de négliger les aspects techniques au profit de l'ouverture des marchés. Cela est risqué ! Nous saluons donc la récente directive européenne visant à garantir la sécurité de l'approvisionnement en électricité et les investissements dans les infrastructures. Elle vise également à renforcer la coopération des gestionnaires de réseaux, pour le développement des interconnexions et l'accompagnement du bon fonctionnement du marché. Sûreté du système et marchés efficaces vont nécessairement de pair.

Alternatives : Pourtant, l'Europe de l'électricité devrait encore s'élargir…

P. BORNARD : Au sud, l'« anneau électrique méditerranéen », qui se met progressivement en place du Maroc jusqu'à la Turquie, imposera de redoutables contraintes techniques. À l'est, la volonté de la Russie de se raccorder au synchronisme européen traduit son ambition de développer des exportations significatives d'électricité. Les tensions récentes autour du gaz russe vers l'Ukraine et l'UE montrent que d'autres contraintes, de nature politique, sociale et environnementale, doivent être prises en compte dans les relations avec ce pays.

Alternatives : Cette diversité et cet élargissement ne rendent-ils pas le système électrique européen plus vulnérable que son homologue américain ?

P. BORNARD : À la différence des Américains, les gestionnaires des réseaux européens sont également propriétaires des infrastructures et ont pour mission fondamentale de les développer et de les entretenir. La plupart d'entre eux sont en outre totalement indépendants vis-à-vis des activités de production, de fourniture et de commercialisation, ce qui facilite les échanges d'informations et la coordination entre eux. De plus, l'Europe a un réseau plus dense et a moins recours au transport massif de courant sur de longues distances, ce qui favorise un meilleur équilibre régional entre production et consommation. De ce point de vue, nos grandes infrastructures nationales seraient « presque » adéquates, et c'est sur les liens entre pays que les efforts prioritaires doivent porter. Dans ce contexte, nous focalisons nos efforts sur deux exigences majeures et complémentaires de ce nouvel environnement : la sécurité d'approvisionnement et la fluidité des marchés. Mais ce n'est pas seulement l'affaire des gestionnaires de réseaux de transport. Tous les acteurs du marché européen doivent jouer un rôle dans la maîtrise de la sûreté d'un système électrique européen. Et les régulateurs sectoriels de l'énergie, aujourd'hui en place dans tous les pays de l'UE, doivent apprendre à mieux coordonner leurs efforts.

* Le black-out du réseau « Eastern Interconnect » (Nord-Est des États-Unis et une partie du Canada), en août 2003, a affecté 50 millions de personnes. Le 28 septembre de la même année, la péninsule italienne a subi un black-out complet durant plusieurs heures, suite à une rupture d'approvisionnement en provenance de Suisse.

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