Retour
Imprimer

L'avenir des biocarburants en question

Tag(s) : énergies renouvelables, biocarburant

Magazine alternatives n° 16, 4e trimestre 2007 Rubrique : Perspectives

Les États-Unis et le Brésil investissent massivement dans les biocarburants. L’Europe – et d’autres grands pays – leur emboîte le pas. Pourtant, nombre d’inconnues hypothèquent l’avenir de ces produits alternatifs au pétrole.

Pendant longtemps, les gouvernements occidentaux ont refusé de s’intéresser aux biocarburants. Et ce, malgré les sollicitations multiples des milieux agricoles, alors même que les denrées agricoles étaient produites en excédent à des prix sans commune mesure avec les niveaux qu’ils ont atteints aujourd’hui sur les marchés mondiaux. À 20 dollars le baril, le pétrole garantissait une énergie bon marché et évacuait l’obligation d’envisager des solutions alternatives. Aujourd’hui, les cartes ont été complètement rebattues avec la menace d’un pétrole à 100 dollars. Les biocarburants, éthanol et diester, ont cristallisé l’intérêt des puissances occidentales en quête de nouvelles ressources énergétiques. Mais d’autres facteurs sont apparus, qui hypothèquent l’avenir des biocarburants, qu’il s’agisse de l’éthanol tiré des céréales et des plantes sucrières ou du diester fabriqué à partir des oléoprotéagineux1.

Une première incertitude concerne leur rentabilité. « À 60 dollars le baril de pétrole et 3 dollars le boisseau de maïs, l’éthanol est rentable », déclarait en mai 2006 Ronald H. Miller, Président d’Aventine, une société américaine de production d’éthanol. Depuis, le cours du pétrole a oscillé entre 50 et 85 dollars, tandis que le boisseau de maïs, qui s’était envolé à 4 dollars le boisseau – soit une hausse de 40% en un an – a fortement baissé en septembre. Dépendant de deux produits éminemment spéculatifs, l’éthanol affiche une rentabilité variable, voire imprévisible.

L'avancée des États-Unis et du Brésil

Malgré cela, sans doute poussées par la facture pétrolière et la menace d’un tarissement des ressources, les autorités américaines mettent tout en oeuvre pour développer ce carburant d’origine végétale et inciter les automobilistes à le mélanger à l’essence. En six ans, les États-Unis ont plus que doublé leur production d’éthanol, passée de 81 millions d’hectolitres en 2001 à 191,5 millions en 20062. Les Américains ont ainsi dépassé leur voisin brésilien, pourtant largement précurseur en la matière et encore leader mondial en 2004. « Il pousse des usines de production d’éthanol tous les jours ici », indiquent les dirigeants de la filiale américaine de Vilmorin, qui produit des semences du maïs utilisé pour la fabrication de biocarburants aux États-Unis. On compte aujourd’hui 106 usines sur le territoire américain, à quoi s’ajoutent une cinquantaine de sites en construction et 114 projets soutenus par le gouvernement. Le Président George W. Bush, qui veut réduire la dépendance énergétique des États Unis – le pays importe 65 % de ses besoins en énergie pour une facture mensuelle de 20 milliards de dollars –, a ainsi fixé des objectifs de production de 300 millions d’hectolitres en 2012. Pour convaincre les automobilistes de jouer le jeu de l’incorporation d’éthanol dans l’essence, l’administration américaine n’a pas hésité à faire un effort fiscal de l’ordre de 13 cents par litre, renforcé par de multiples mesures de soutien propres à chaque État. Les résultats sont là : la moitié de l’essence vendue aux États-Unis contient déjà 10 % de carburant vert. Dans certains États, le taux d’incorporation atteint 20 %. Le parc de voitures « flex-fuel », qui roulent aussi bien à l’essence qu’à l’éthanol en proportion variable, est de six millions (soit environ 3% du parc automobile). Et les semenciers travaillent à la mise au point de graines de maïs génétiquement modifiées spécifiquement dédiées à la production de carburant vert. Au Brésil, 335 usines ont produit 167 millions d’hectolitres l’an passé. Sur le seul mois d’octobre 2006, plus des trois quarts des automobiles vendues étaient des véhicules « flex-fuel ». Quant à la proportion d’éthanol dans l’essence, elle devrait passer de 40,6% aujourd’hui à 60 % d’ici à 2012, selon le Brésilien Datagro.

Le retard de l’Europe

L’Europe, avec sa production de 31 millions de litres d’éthanol et ses objectifs d’incorporation de 5,75 % à l’horizon 2010, semble avoir raté le train de la compétitivité en la matière. Pourtant les projets d’usines se multiplient, comme si le risque d’ouverture des frontières aux importations de l’éthanol brésilien ou américain à l’occasion d’une négociation des intérêts communautaires à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) n’existait pas. « Pour être compétitif, il faut maintenir un droit de douane de 19 euros par hectolitre », affirment les sucriers français. Mais la protection aux frontières ne suffira pas à garantir la compétitivité de l’éthanol européen. Il faut aussi que l’État maintienne l’aide fiscale au niveau actuel pendant encore au moins sept ans. « Le temps que les usines soient amorties ! » explique un dirigeant syndical agricole.

Nourrir la planète ou remplir les réservoirs

La Chine est entrée dans l’Organisation mondiale du commerce, et sa population, au même titre que celle des autres géants – l’Inde et le Brésil –, s’urbanise à grande vitesse avec des conséquences indéniables sur les modes de consommation alimentaires. Ces pays, qui concentrent à eux trois plus de la moitié de la population mondiale, mangent de plus en plus de viande. Le corollaire immédiat de cette évolution est la nécessité d’augmenter le cheptel des animaux d’élevage et la production de végétaux pour les nourrir. Or, des craintes se manifestent ici et là avec plus ou moins de véhémence quant à l’opportunité d’utiliser des hectares de terre pour produire des carburants, alors que les surfaces cultivables dans le monde pourraient ne pas suffire à nourrir la planète. Cette inquiétude est notamment prise en compte par un grand nombre d’experts dans la mouvance altermondialiste et écologiste, mais pas seulement. Des scientifiques soutiennent leurs thèses faisant valoir que les changements climatiques, avec l’accélération des catastrophes naturelles à grande échelle, inondations ou sécheresses, aggravent la menace. Le manque d’eau, dont souffre depuis des mois un pays comme l’Australie, puissance céréalière et laitière, témoigne à lui seul de l’impact de la nouvelle donne climatique sur les réserves alimentaires mondiales. Si l’on y ajoute les prévisions d’explosion démographique, il y a matière à relativiser l’intérêt de l’alternative que représentent les biocarburants.

1. Plantes cultivées pour leurs graines riches en lipides et protides (soja, tournesol, colza). Pour plus d’informations sur l’éthanol ou le diester, voir l'article "Biocarburants : éthanol ou esters" (Alternatives n° 8-dossier).
2. Selon l’organisme statistique allemand F.O. Licht.

Retrouvez l'intégralité du n° 16

Recherche

FAQ

Vous n’évoquez l’utilisation de l’énergie solaire spatiale que pour des applications terrestres, alors que sa première application concerne la production d’énergie pour les stations spatiales. Et qu’en est-il pour la propulsion spatiale ?
Lire la réponse