EDF prévoit d’investir plus de 40 milliards d’euros de 2006 à 2010, dont plus de la moitié en France : avis d'expert
Tag(s) : politique énergétiqueMagazine alternatives n° 16, 4e trimestre 2007 Rubrique : Dossier
Pierre Gadonneix
Président-Directeur Général d’EDF depuis 2004, il a auparavant été PDG de Gaz de France de 1996 à 2004, groupe qu’il avait rejoint neuf ans plus tôt, en 1987. Pierre Gadonneix est docteur en économie d’entreprise de la Business School de l’université d’Harvard, ancien élève de l’École polytechnique, diplômé de l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs, et licencié ès sciences économiques.
Alternatives : Y a-t-il, selon vous, une nouvelle donne énergétique ?
Pierre Gadonneix : Elle est énergétique et environnementale. La population mondiale va bondir de 6 milliards d’individus aujourd’hui à 9 milliards en 2050, tirée en particulier par la croissance des pays en développement qui regroupent déjà plus des trois quarts de la population mondiale en consommant 40 % de l’énergie primaire. Deux milliards d’êtres humains n’ont pas encore accès à une forme d’énergie ! Cette augmentation des besoins, dans un contexte où les ressources pétrolières se raréfient, rend nécessaire de renouveler les installations anciennes et, surtout, d’en construire de nouvelles en intégrant les exigences liées au réchauffement climatique. Concilier sécurité d’approvisionnement et réduction des gaz à effet de serre est un enjeu majeur pour l’avenir de la planète.
Quelles initiatives faut-il prendre ?
P. Gadonneix : À l’évidence, il faut mieux utiliser l’énergie et d’abord en consommer moins. C’est d’ailleurs un axe majeur de développement de nouveaux services pour nos clients. Nous devons également veiller à poursuivre la voie de la diversification énergétique. Toutes les options doivent rester ouvertes en fonction des ressources exploitables localement, et aucune source d’énergie ne doit être ni « idolâtrée » ni « diabolisée ». Compte tenu des investissements massifs à réaliser – 1 000 milliards d’euros en Europe – dans les trente ans à venir, les énergéticiens ont besoin de visibilité sur le long terme, d’un cadre réglementaire stable, en particulier dans le nucléaire ou l’hydraulique, où la durée de vie d’un ouvrage, de la construction au démantèlement, est de l’ordre du siècle. Il faut également un dispositif véritablement incitatif au développement de modes de production peu ou pas émetteurs de CO2. Les démarches engagées par de nombreux pays pour permettre la relance du nucléaire sont à ce titre constructives.
Quels sont les moyens mobilisés par EDF ?
P. Gadonneix : Sur la période 2006-2010, EDF prévoit d’investir plus de 40 milliards d’euros, dont plus de la moitié en France. Notre parc de production est équilibré, compétitif et vertueux, puisque 95 % de l’électricité produite en France n’émet pas de CO2. Mais nous n’avions pas investi en installations nouvelles depuis plus de dix ans. D’ici à 2012, c’est plus de 6 000 MW que nous allons mettre en service sur le territoire. Dans ce cadre, la réalisation de l’EPR à Flamanville avec AREVA est bien sûr un investissement majeur pour préparer le renouvellement de notre parc nucléaire. Par ailleurs, nous relançons la production thermique, particulièrement adaptée pour répondre aux pics de consommation. Premier producteur d’énergies renouvelables européen, nous allons aussi accroître notre présence dans le solaire, l’éolien et la géothermie. Enfin, nous allons investir dans les réseaux de transport et de distribution. La relance des investissements est donc un axe majeur pour nous. À l’international, notre stratégie de recentrage en Europe est achevée avec notre désengagement d’Amérique latine et notre montée au capital d’Edison en Italie. Nous souhaitons aujourd’hui renforcer notre leadership en Europe, sécuriser nos approvisionnements en gaz naturel, promouvoir les énergies renouvelables et, bien sûr, apporter notre référence d’exploitant nucléaire à des pays comme les États-Unis, mais aussi en Chine et en Afrique du Sud où EDF a noué une coopération ancienne, et au Royaume-Uni.
