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Énergie et développement sont indissociablement liés : avis d'expert

Tag(s) : politique énergétique, enjeux énergétiques

Magazine alternatives n° 13, 1er trimestre 2007 Rubrique : Dossier

Les conditions d'accès à l'énergie et de son utilisation reflètent les écarts de développement économique entre les nations. Mais, malgré la construction d'infrastructures et la rénovation des institutions, le partage de la croissance reste freiné par la lenteur du changement des comportements.

Dr Dorothea EL MALLAKH

Directeur de l'International Research Center for Energy and Economic Development. L'ICEED (université du Colorado) diffuse les résultats de ses recherches auprès des institutions économiques, gouvernementales et universitaires et édite The Journal of Energy and Development. Le Dr El Mallakh est également Vice-Présidente de l'International Association for Energy Economics depuis 1988.

Alternatives : Y a-t-il une corrélation directe entre l'accès à l'énergie (au plan domestique) et le développement humain en termes d'espérance de vie, de mortalité infantile, d'éducation ?

Dorothea El Mallakh : Cette corrélation s'observe intuitivement si l'on compare la qualité de vie entre pays industrialisés et pays en développement et, objectivement, en comparant les chiffres. Le Human Development Report, publié annuellement par le PNUD, propose un classement des pays qui associe espérance de vie, niveau d'éducation et revenu réel. De la Norvège (1re de la liste) au Niger (177e), ce classement distingue 3 catégories : « haute » (57 pays dont l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon), « moyenne » (88 pays dont la Russie) et « faible » (32 pays, dont 30 sont africains…). Ces statistiques incluent des indicateurs où l'accès à l'énergie – en particulier sous forme d'électricité – joue un rôle critique. En prenant en compte le facteur climatique, la Norvège affichait en 2002 une consommation de 25 460 kWh par habitant (13 456 aux États-Unis, 8 123 en France) contre 40 kWh au Niger. Il est clair que les extrêmes sur le plan climatique le sont également sur le plan énergétique. Le manque d'accès à l'électricité distribuée, particulièrement dans les pays à faible revenu, est étroitement corrélé à l'espérance de vie, à la mortalité infantile et à d'autres indicateurs de santé. Plus encore que l'énergie destinée aux transports, l'utilisation de l'électricité semble être le meilleur indicateur du niveau de vie.

A : Cette corrélation s'applique-t -elle au développement économique et est-elle indépendante du contexte socioculturel ?

D. E. M. : Certains pays sont pauvres en ressources énergétiques parce que le réseau hydraulique est quasi inexistant ou qu'ils n'ont pas de réserves de combustibles fossiles. Mais, au-delà des contraintes physiques, il en est d'autres dues à l'insuffisance des financements gouvernementaux en matière d'infrastructures ou à l'incapacité d'attirer l'aide extérieure. De nombreux pays tentent de rejoindre le XXIe siècle en partant directement du XIXe, tant sur le plan des infrastructures physiques et humaines que sur celui des institutions (bancaires par exemple), qui devraient être mieux adaptées et plus transparentes. Mais, si le développement des infrastructures peut être assez rapide, le développement humain prend davantage de temps, et le retour sur investissement également. Modifier des comportements et installer des institutions peut prendre plusieurs générations. D'où le décalage qui apparaît entre la croissance économique et d'autres indicateurs de développement, comme la redistribution des richesses.

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