Avenir énergétique : les mises en garde de l'AIE
Tag(s) : politique énergétique, marché énergieMagazine alternatives n° 14, 2e trimestre 2007 Rubrique : Perspectives
L'Agence internationale de l'énergie dresse un inquiétant scénario dans son dernier rapport annuel (World Energy Outlook 2006).
Entre les menaces croissantes pesant sur l'approvisionnement de la planète en énergie et les risques environnementaux engendrés par une consommation excessive de combustibles fossiles, le tableau dressé à l'horizon 2030 par l'AIE est alarmant. « L'avenir énergétique que nous sommes en train de bâtir n'est pas durable », précise son Directeur Général, Claude Mandil, qui invite les gouvernements à engager une « action résolue » pour infléchir les tendances actuelles. Dans son rapport, partant de la projection que « la demande mondiale d'énergie primaire devrait croître d'un peu plus de 50 % d'ici à 2030 », l'agence a étudié deux scénarios. Celui dit « de référence » fait le point sur les tendances qui se dégageront si les politiques actuelles ne sont pas corrigées. Le scénario « alternatif », résume ce vers quoi les décideurs politiques devraient tendre pour limiter les dommages.
Le scénario du pire
Selon le scénario de référence, si rien n'est fait, la demande mondiale d'énergie primaire croîtra d'un peu plus de 50 % d'ici à 2030, à un rythme annuel moyen de 1,6 %, malgré les prix élevés de l'énergie. Si cela s'avérait, plus de 70 % de la hausse de la demande proviendraient des pays en développement. À eux seuls, les besoins de la Chine engendreraient un accroissement de près d'un tiers de la demande mondiale sur la période.
Cette progression de la consommation d'énergie ne serait pas un problème en soi si elle ne portait principalement sur des combustibles fossiles. Or – et c'est le deuxième enseignement tiré des projections de l'AIE –, ces derniers resteront dans tous les cas la principale source d'énergie utilisée dans le monde dans les vingt-cinq ans à venir. Dans le scénario de référence retenu par les experts de l'agence, les fossiles représentent 83 % de l'augmentation totale de la demande d'ici à 2030. À cet horizon, le pétrole continuera selon eux d'occuper la première place dans le bouquet énergétique mondial. La demande d'or noir pourrait alors s'élever à 116 millions de barils par jour, contre 84 millions en 2005.
Porté par la production d'électricité, le charbon ne cessera, quant à lui, de voir croître sa part dans la demande mondiale. Sur la période considérée, près des quatre cinquièmes de l'accroissement de la consommation de charbon seront imputables à l'Inde et à la Chine. Le gaz naturel verra, lui aussi, sa part augmenter, même si, en raison de son renchérissement récent, la progression de sa consommation s'avère moins rapide que prévu.
Outre la vulnérabilité accrue de consommateurs de plus en plus dépendants d'une poignée de pays producteurs et exposés à des mouvements de prix erratiques, le « scénario catastrophe » de l'AIE laisse augurer une très nette accélération des émissions de gaz carbonique (CO2). Si rien ne change, celles-ci augmenteront de 55 % d'ici à 2030, pour atteindre 40 milliards de tonnes. Une progression plus rapide que la demande d'énergie primaire en raison de la place de plus en plus importante qui serait occupée par les combustibles fossiles.
Sortir de l'impasse
Le scénario noir décrit par l'AIE n'est pas une fatalité. « Les gouvernements peuvent bel et bien agir avec plus de vigueur pour orienter le système énergétique », souligne l'Agence internationale de l'énergie, qui estime possible un scénario alternatif. Mais il faut faire vite. « Chaque année de retard prise dans la mise en œuvre de nouvelles politiques énergétiques aurait un effet hors de proportion sur les émissions de gaz à effet de serre », prévient le rapport. Les experts de l'Agence soulignent notamment que si l'on tardait à intensifier les efforts de recherche et développement, surtout dans le domaine de la captation et du stockage du carbone, « les chances de voir les émissions diminuer après 2030 seraient compromises ».
Le scénario alternatif se caractérise par une croissance nettement plus lente de la demande de combustibles fossiles, de 1,2 % par an au lieu de 1,6 % dans le scénario de référence. Par rapport à ce dernier, la demande énergétique totale serait aussi inférieure de 10 % en 2030 – une différence équivalant à la consommation énergétique actuelle de la Chine – et les émissions de gaz carbonique (CO2) diminueraient de 16 %. Enfin, les importations de pétrole et de gaz des pays de l'OCDE se stabiliseraient, puis diminueraient à partir de 2015. Pour atteindre ces résultats, il faudrait bien sûr produire et utiliser plus efficacement l'énergie. L'AIE préconise également d'autres actions, comme la conception de véhicules plus économes et moins émetteurs de CO2. La mise sur le marché d'appareils plus efficaces devrait aussi devenir une réalité dans d'autres domaines, comme l'éclairage ou l'électroménager.
Technologies à développer
Il faudrait également accroître l'usage des biocarburants. L'AIE suppose dans son scénario alternatif que leur part atteigne 7 % des carburants, contre 1 % actuellement et 4 % dans le scénario de référence. Il conviendrait également de développer les énergies non fossiles, qui n'impliquent aucune émission de CO2, en particulier l'énergie nucléaire.
Les autorités publiques devraient par ailleurs exiger le recours aux énergies renouvelables aux États-Unis, en Europe ou en Chine, où l'AIE suggère d'implanter de petites unités d'énergies éolienne, hydraulique et de biomasse. Pour aller plus loin, il faudrait développer certaines technologies, au premier rang desquelles la capture et le stockage du CO2. Un domaine que l'AIE juge prometteur, mais qui semble bien éloigné aujourd'hui, quand les recommandations les plus basiques de l'Agence ne sont guère appliquées. Un signe encourageant : les conclusions du scénario alternatif assurent que, si l'ensemble de ces mesures sont prises en compte, « l'économie mondiale peut s'épanouir, même en utilisant moins d'énergie ».
Pour aller plus loin :
- • L'Agence internationale de l'énergie (AIE) est un organe autonome institué en novembre 1974 dans le cadre de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) afin de mettre en œuvre un programme international de l'énergie : http://iea.org

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