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Le trading de l'or noir

Magazine alternatives n° 12, 3e trimestre 2006 Rubrique : Dossier

Cotation Brent, marché de Rotterdam, stocks stratégiques : autant d'expressions familières aux experts du domaine pétrolier, mais bien difficiles à cerner pour un profane. Comme pour la finance, il existe une « bourse » du pétrole. Comment fonctionne-t-elle ? Qui fixe les prix du pétrole brut ? Enquête.

Depuis les années 1970 et la nationalisation des moyens de production de pétrole brut, la vente de brut s'opère soit d'État à État, soit par contrat, d'État à société pétrolière, soit d'État à négociants – les traders qui achètent et revendent le pétrole sur les marchés mondiaux.Le pétrole en lui-même, une fois raffiné, génère de nombreux produits qui ne sont plus seulement des sources d'énergie mais des produits de base – dits « produits blancs » – alimentant tout le secteur de la pétrochimie. Ces produits sont également pris en charge par les sociétés de trading. Entre producteur de brut, intermédiaire et consommateur final, il existe donc un marché complexe de transactions internationales et d'échanges.

Traders, qui sont-ils ?

Toutes les grandes compagnies pétrolières possèdent des filiales de trading. Elles sont chargées d'assurer l'approvisionnement en brut des raffineries, d'écouler les surplus sur le marché et d'échanger avec leurs confrères les bruts et les produits dérivés afin d'éviter les transports inutiles. Mais il existe également des sociétés de trading totalement indépendantes de l'industrie pétrolière, dont les objectifs sont purement financiers. Leurs courtiers cherchent alors à acheter à l'avance des cargaisons de pétrole pour les revendre le plus rapidement possible sur les marchés mondiaux à des acheteurs suffisamment pressés pour consentir un surcoût. Un trader peut donc très bien acheter une cargaison de pétrole à un prix plutôt bas pour la revendre rapidement avec un bénéfice, si d'autres ont plus besoin que lui de cette cargaison et sont prêts à y mettre le prix. Il n'est donc pas rare qu'une cargaison de brut change de propriétaire pendant son transport, parfois plusieurs fois. Le trading peut ainsi générer d'importants profits.

Marchés spots et à terme, comment ça fonctionne ?

Une bonne partie du pétrole produit est vendue sur le marché libre, selon la loi de l'offre et de la demande. Il s'agit du « marché spot » : les opérations s'y font de gré à gré, sur des quantités de pétrole qui existent physiquement et dont le transport va avoir lieu très prochainement ou est même déjà en cours.

Mais entre la date d'achat du brut et la livraison des produits raffinés issus de cette cargaison, il se passe généralement plusieurs mois au cours desquels le prix du brut a pu varier. Pour se prémunir contre ce risque, un mécanisme financier appelé « couverture », mis en œuvre sur un marché spécial appelé « marché à terme », a été créé. Les sociétés pétrolières établissent alors avec les pays et/ou sociétés producteurs des accords d'achats ou de ventes, à plus ou moins long terme (3 mois, 6 mois, 1 an…), d'une certaine quantité de pétrole à un prix fixé au moment de la signature du contrat.

Depuis le début des années 1980, les contrats à terme sur le pétrole brut et les produits pétroliers se sont développés au point que les prix de ces contrats sont souvent utilisés en référence, directe ou indirecte, dans la formation du prix des transactions physiques. Comme pour les opérations financières, les transactions entre traders s'effectuent par téléphone ou Internet. Les cotations se font 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L'agence Platts les diffuse quotidiennement dans un journal spécialisé : le Platts Oilgram. Cette société est spécialisée dans la publication de prix dans le secteur de l'énergie sur les marchés physiques et à terme. La plupart des pétroliers sont également abonnés aux dépêches de l'agence Reuters et de Petroleum Argus (autre agence spécialisée), qui fournissent cette cotation après collecte auprès des courtiers et des différents acteurs du marché. En Europe, les traders négocient le matin avec l'Asie et, après l'ouverture du marché de New York, avec les États-Unis. Ce système de transaction est similaire à celui des marchés financiers.

Où se trouvent les bourses d'échange ?

Le commerce international du pétrole brut, ainsi que celui des produits pétroliers intermédiaires et des produits finis, est centralisé sur deux marchés, situés à New York et à Londres. Pour New York, c'est le NYMEX (New York Mercantile EXchange) et pour Londres, l'IPE (International Petroleum Exchange), fondé en 1980 par un groupe d'entreprises liées aux secteurs financier et énergétique.

Ils sont depuis peu concurrencés par des bourses électroniques. L'une d'elles – l'Intercontinental Exchange –, basée à Atlanta (États-Unis), a pris beaucoup d'importance sur le marché mondial depuis avril 2001, en rachetant l'IPE. Cette bourse est financée par de grandes compagnies pétrolières et des institutions financières. Elle combine les outils de gestion de risque avec les facilités du portail électronique. Le volume de ses transactions pour le pétrole brut dépasse aujourd'hui celui du NYMEX. Le commerce du pétrole compte d'autres places stratégiques : Houston (« capitale » du pétrole américain), Singapour (important lieu mondial de transit et de raffinage), Tokyo ou Rotterdam (plus important marché « spot » pour l'Europe du Nord). Leur position géographique est en relation avec les capacités de raffinage pour ces zones, mais tous passent par les deux marchés principaux, via le réseau Internet.

Les cours de référence, de quoi s'agit-il ?

Les cours du pétrole brut – exprimés en dollars par baril – sont donc fixés au niveau international. Leur détermination est complexe, car il existe près de 450 bruts dans le monde. Certains d'entre eux servent d'étalon pour établir le prix moyen du pétrole en provenance d'une région donnée. C'est le cas de l'Arabian Light (brut de référence du Moyen-Orient), du West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, et surtout du Brent. Le Brent, qui doit son nom à un gisement de pétrole découvert en 1971 en mer du Nord, est le référent non seulement sur le marché européen, mais également sur le marché mondial : son prix détermine celui de 60 % des pétroles extraits dans le monde, malgré une production limitée1.

Les bruts de référence sur les autres marchés varient selon la nature du pétrole extrait. Ainsi, les pétroles Brent et le WTI (West Texas Intermediate) – déjà cités – servent de référence pour la catégorie des légers et doux. Pour les pétroles plus lourds et plus riches en soufre, on retient le Dubaï, le WTS et l'ANS (Alaska North Slope). Dans le golfe Persique, c'est le brut Dubaï qui sert de base pour fixer le prix des bruts à destination de l'Asie, car c'est l'un des rares pétroles du golfe qui soit vendu au comptant, la plupart des autres faisant l'objet de contrats à long terme.

Acteur fondamental du marché du pétrole, l'OPEP calcule également un prix de référence appelé « panier OPEP ». Depuis juin 2005, sa base de référence inclut 11 prix de bruts produits par ses membres (contre 7 auparavant). Le panier OPEP inclut désormais le Saharan Blend (Algérie), le Minas (Indonésie), l'Iran Heavy (Iran), le Basra Light (Irak), le Kuwait Export (Koweït), l'Es Sider (Libye), le Bonny Light (Nigeria), le Qatar Marine (Qatar), l'Arabian Light (Arabie Saoudite), le Murban (Émirats arabes unis) et le BCF 17 du Venezuela. L'écart entre les prix du Brent, du WTI et celui du panier OPEP est minime et ne dépasse pas quelques pour-cent.

Les grands marchés « spots » du pétrole

Les produits pétroliers font également l'objet de cotations sur des marchés régionaux. Il n'existe pas un marché au comptant pour chaque type de brut, mais sept marchés physiques principaux, qui reflètent chacun les prix d'un « bouquet » de plusieurs bruts. Ainsi, le marché américain traite la plupart des pétroles produits aux États-Unis, dont le West Texas Intermediate (WTI), l'Alaska North Slope (ANS) et quelques autres provenant d'Amérique latine. Le marché de la mer du Nord concerne surtout les pétroles de Norvège et du Royaume-Uni, le Brent étant le plus traité. Rotterdam est également à la pointe du trading des produits dérivés du pétrole. Le marché méditerranéen traite des bruts d'origines russe, libyenne ou iranienne, aux qualités très variables. Le marché du golfe traite essentiellement des bruts provenant d'Oman et des Émirats arabes unis, ceux d'Arabie saoudite étant peu présents sur ce marché.

Le marché d'Extrême-Orient importe la majorité de ses bruts du Moyen-Orient. Le marché d'Afrique de l'Ouest traite une partie de ses exportations pour les bruts du Nigeria et de l'Angola, bien que la majorité des bruts africains soit négociée en référence à certains contrats à terme. Mais il existe une réelle corrélation entre ces différents marchés. Compte tenu des échanges de produits, ils connaissent généralement des évolutions parallèles.

Comment sont fixés les cours du brut ?

Depuis le milieu des années 1990, les prix des marchés physiques, qui servaient de référence, sont de plus en plus remplacés par les cours négociés sur les marchés à terme. Le prix final, porté dans les contrats, est calculé à partir d'une formule basée sur un ou plusieurs cours de référence, auxquels on ajoute un différentiel. Ce facteur d'ajustement est lié à de multiples variables. La différence de qualité ou les différences de possibilités au raffinage figurent au premier rang d'entre elles. Le prix d'un brut dépend donc surtout de ses caractéristiques physicochimiques, que le premier propriétaire est tenu de fournir à l'acheteur. Pour simplifier, on peut dire que plus le brut est léger (c'est-à-dire apte à fournir, après traitement, une grande quantité de produits à forte valeur marchande), plus il est cher. D'autres facteurs ont leur importance, notamment la teneur en soufre. Les pétroles doux sont les plus intéressants, car plus facilement raffinables. D'autant que les normes environnementales en vigueur dans de nombreux pays consommateurs imposent de faibles teneurs en soufre pour les produits raffinés. Il faut encore ajouter à ce prix de base l'assurance, les frais de raffinage, la marge du raffineur et, surtout, le coût du transport. Le coût du fret maritime pétrolier est basé sur une échelle révisée chaque année qui donne un prix de fret pour la quasi-totalité des routes maritimes. Cette échelle est connue sous le nom de New Worldwide Tanker Nominal Freight Scale (Nouvelle échelle mondiale nominale du fret par tanker) ou Worldscale. Le coût du fret par cargo est calculé entre deux ports sur la base d'un cargo type en référence à sa taille, son âge, sa vitesse, etc. Le coût d'un transport s'exprime en pourcentage du coût Worldscale. Dernier paramètre à prendre en compte, un brut peut être vendu « FOB » (Free On Board) ou « CIF » (Cost, Insurances and Freight). Dans le premier cas, c'est l'acheteur qui paie les charges (affrètement du navire, assurance de la cargaison); dans le second cas, le vendeur règle tout au départ. Le prix du pétrole est donc la résultante de la combinaison de critères multiples. Reste qu'il varie en permanence, sous l'influence de nombreux autres facteurs beaucoup moins maîtrisables : production excédentaire ou déficitaire, crise politique dans un pays (pas forcément producteur), intempéries, terrorisme, guerre…

1. La société Platts vient de modifier légèrement la base de ses calculs, et l'on doit désormais parler du BFO (Brent Forties Oserberg).

Pour aller plus loin:


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Vrai/Faux

Le NYMEX, principale bourse d'échange de produits pétroliers, a commencé par gérer des produits laitiers.