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Investir aujourd'hui pour l'énergie de demain

Tag(s) : politique énergétique

Magazine alternatives n° 16, 4e trimestre 2007 Rubrique : Dossier

De multiples études révèlent l’ampleur des investissements à réaliser dans les infrastructures énergétiques pour les années à venir. Ils sont de différentes natures selon que les pays sont industrialisés ou en développement. Dans toutes les régions du globe, des freins existent.

Depuis le début du XXe siècle, l’augmentation de la population mondiale et la croissance économique ont fait exploser les besoins en énergie. Aujourd’hui, la Terre est peuplée d’environ 6 milliards d’individus. En retenant un taux moyen de croissance économique de 3,2 % d’ici à 2030 et une population mondiale qui, à cette échéance, serait de 8,1 milliards de personnes (dont 80 % dans les pays en développement), l’AIE estime que la demande mondiale d’énergie primaire pourrait atteindre 17,1 milliards de tonnes équivalent pétrole (contre 11,2 milliards en 2004). Pour satisfaire les besoins énergétiques croissants du monde, il faudra consacrer des investissements massifs aux infrastructures d’approvisionnement en énergie : centrales et réseaux électriques, exploration et production de pétrole, pipelines et gazoducs, terminaux gaziers, énergies renouvelables, nucléaire… Mais les investissements seront-ils au rendez-vous, en quantité suffisante et partout ?

Plus de 20 000 milliards de dollars…

D’après les prévisions du scénario de référence proposé dans le dernier World Energy Outlook, ouvrage de référence publié par l’Agence internationale de l’énergie1, l’investissement cumulé nécessaire entre 2005 et 2030 dépasse légèrement 20 000 milliards de dollars ! Le secteur de l’électricité absorberait 56 % du total. En effet, selon l’AIE, la demande en électricité devrait doubler d’ici à 2030, soit un besoin de 5 087 gigawatts supplémentaires afin de suivre l’accroissement de la demande et de remplacer les anciennes infrastructures. D’ici à 2030, un peu plus de 6 000 milliards de dollars devront être investis dans le monde dans les réseaux (transmission et distribution), et environ 5 000 milliards dans la production d’électricité.

« Les marges de capacité de production déclinent dans la plupart des pays de l’OCDE et révèlent la nécessité de nouveaux investissements. Les coupures de courant survenues en Amérique du Nord et en Europe au cours de l’été 2006 ont posé avec acuité la question de l’adéquation entre les marges de production et les investissements dans les infrastructures de réseau », indique l’AIE. Dans les pays de l’OCDE, 2 248 milliards de dollars devraient être consacrés à la construction de centrales (dont 40 % pour les renouvellements, notamment de centrales au charbon et des unités nucléaires les plus anciennes), et 1 992 milliards aux réseaux de transmission et de distribution (soit 4 240 milliards au total). Les pays en développement (y compris la Chine et l’Inde selon le classement de l’AIE) auront, quant à eux, besoin de 6 446 milliards d'investissements cumulés dans le secteur de l'électricité. Selon l’AIE, les investissements cumulés pour le charbon (extraction, acheminement, production d’électricité…) devraient atteindre 560 milliards de dollars (dont 59 % dans les pays en développement), soit 3 % seulement du total des sommes investies. En ce qui concerne les hydrocarbures, l’investissement pétrolier – les trois quarts sont à engager dans l’exploration et la production – représentera au total 4 260 milliards de dollars sur la période 2005-2030. Ils se feront à 52 % dans les pays en développement, à 27 % dans ceux de l’OCDE et à 15 % dans les pays en transition, comme la Russie (le solde étant constitué par les infrastructures de transport interrégionales). Les investissements prévus en amont (exploration et production) d’ici à 2010 devraient doper quelque peu les réserves de capacité de production de pétrole brut au niveau mondial. En revanche, les accroissements de capacités pourraient rester en deçà des prévisions, en raison notamment de la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et de matériel, de l’inflation des coûts, de l’accélération du déclin des gisements existants et de facteurs géopolitiques étant donné l’instabilité chronique de certains pays producteurs. Pour le gaz, le besoin d’investissements durant la même période est légèrement inférieur, avec 3 900 milliards de dollars (56 % dans l’exploration et la production).

L’AIE estime qu’il existe une grande incertitude en ce qui concerne la capacité et la volonté des grands pays producteurs de pétrole et de gaz d’accélérer l’investissement pour répondre à la demande mondiale en hausse. De cela dépendent le volume et le coût des importations des pays consommateurs. L’AIE se demande par exemple si l’investissement dans l’industrie du gaz en Russie sera suffisant, ne serait-ce que pour maintenir le niveau actuel des exportations à destination de l’Europe et commencer à fournir l’Asie.

Investir dans les pays pauvres

Il faudrait réaliser plus de la moitié de l’investissement énergétique total mondial dans les pays en développement, où la demande progresse le plus rapidement. La Chine, à elle seule, devra investir quelque 3 700 milliards de dollars, soit 18 % du total mondial. Il reste que la situation des « géants » que sont la Chine et l’Inde est sans commune mesure avec celle des pays les plus pauvres. Dans ceux-ci, les ressources dont dispose aujourd’hui le secteur public seraient insuffisantes, rendant les investissements privés essentiels. L’ensemble du continent africain aura besoin de 1 400 milliards de dollars d’investissements, toutes énergies confondues. L’Amérique latine devrait investir sensiblement le même montant (environ 1 370 milliards).

« Financer les investissements des pays en dehors de ceux de l’OCDE est le plus gros challenge et la plus importante source d’incertitude », indique l’AIE. À l’inverse des pays occidentaux, la mise en place de services énergétiques dont les prix refléteraient leurs coûts sera sans doute hors d’atteinte pour les populations les plus défavorisées. L’afflux des finances privées dans ces pays dépendra pour beaucoup de la capacité des gouvernements à instaurer un climat et un cadre attractif aux investissements. L’AIE estime que si rien n’est fait au niveau international, 1,4 milliard de personnes n’auront toujours pas accès à l’électricité en 2030 (contre 1,6 milliard aujourd’hui). Lors du sommet de 2005 de Gleneagles (Écosse), les membres du G8 ont demandé à la Banque mondiale, en collaboration avec les autres institutions financières internationales, d’établir une feuille de route pour permettre une accélération des investissements dans les énergies propres à l’intention des pays en développement. Le Cadre d’investissement pour les énergies propres (CEIF), mis en place à cet effet, a déterminé trois grands objectifs : le renforcement de l’accès à l’énergie, tout particulièrement en Afrique subsaharienne, l’accélération du passage à une économie à faible intensité de carbone et, enfin, l’adaptation à la variabilité et à l’évolution du climat. Pour la période allant de 2006 à 2008, les engagements de la Banque mondiale dans l’énergie devraient s’élever à plus de 10 milliards de dollars, soit une progression d’environ 40 % par rapport aux trois années précédentes.

Des investissements incertains

« La concrétisation de tous les investissements nécessaires n’est pas garantie, même dans les pays occidentaux », estime l’AIE dans son rapport. Les décisions politiques de chaque État, les facteurs géopolitiques, les variations imprévues des coûts unitaires et des prix, ainsi que les nouvelles technologies sont autant de facteurs susceptibles d’influencer les possibilités et les incitations qui s’offriront aux entreprises publiques et privées pour investir dans les différents maillons des diverses filières d’approvisionnement énergétique. Il reste que les investissements ne sont pas tout : ainsi que l’indique le Livre vert de la Commission européenne publié au mois de mars 20062, l’efficacité énergétique devrait s’améliorer et pourrait provoquer d’ici à 2020 une réduction de 20 % de la demande d’électricité. Avec un impact bénéfique sur la sécurité d’approvisionnement et la réduction des émissions de CO2.

1. Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2006.
2. Livre vert de la Commission des communautés européennes: une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable, mars 2006.

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