L'avenir de l'hydrogène : avis d'expert
Magazine alternatives n° 7, 4e trimestre 2004 Rubrique : Dossier
Promoteur de l'hydrogène depuis 1991, Euro-Quebec Hydro-Hydrogen Pilot Project (EQHHP) réunit l'Union européenne, le gouvernement québécois et de nombreux industriels.
Reinhold Wurster,
ingénieur L-B-Systemtechnik (Allemagne) et chef de projet EQHHP.
Alternatives : Que pensez-vous de l'avenir de l'hydrogène en tant que source d'énergie ?
Reinhold Wurster : L'hydrogène est un « vecteur d'énergie » et doit d'abord être produit à partir d'une source d'énergie primaire, qu'elle soit fossile, nucléaire ou renouvelable. Nous rencontrerons des difficultés croissantes pour obtenir du pétrole et du gaz naturel faciles à extraire et bon marché, mais ces ressources ne nous feront pas défaut dans les quelques décennies à venir. Il en est de même pour l'uranium. Les seules sources d'énergie disponibles en abondance sont les énergies renouvelables, dont la part augmentera dans l'avenir. Quant à l'hydrogène – à court et moyen termes – il sera surtout utilisé dans le domaine des transports, notamment pour les voitures individuelles. Ce carburant n'émet en effet aucun polluant.
Qu'en est-il des piles à combustible ?
Déjà, les piles à combustible embarquées sur des véhicules automobiles ne consomment pas plus d'énergie au kilomètre que les véhicules diesel à injection directe, avec l'avantage de produire 25 à 30 % en moins d'émissions de gaz à effet de serre, si leur hydrogène est tiré du gaz naturel. S'il est fabriqué à partir de sources d'énergie renouvelables, le bilan est encore plus intéressant. Aujourd'hui, les voitures diesel les plus performantes ont un rendement de 24 %, avec un potentiel (en étant optimiste) de 30 %. Les prototypes dotés de piles à combustible atteignent, quant à eux, déjà un rendement de 42 %, avec des perspectives de 50 %. Les autres alternatives biofuel ou gaz naturel comprimé resteront marginales. Seul l'hydrogène offre la perspective d'un marché de masse.
Hormis l'automobile, quelles sont les autres applications envisageables ?
L'utilisation de l'hydrogène pour des applications fixes se développera de plus en plus dans des régions où les carburants conventionnels ne sont pas disponibles ou très coûteux – sur certaines îles par exemple. Ailleurs, quand ces carburants se feront plus rares ou trop coûteux, il faudra également envisager des alternatives. L'hydrogène apparaît alors comme le plus avantageux, en raison de sa flexibilité, de son rendement et de son innocuité pour l'environnement. Il est déjà clair que des pays comme la Chine ou l'Inde ne pourront développer leur secteur des transports en ayant recours sur le long terme au pétrole ou au gaz naturel. Pour d'autres raisons, les États-Unis et le Japon vont également dans cette voie et il semble que l'Europe fasse de même.

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