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L'accès à l'énergie, condition du développement

Tag(s) : marché énergie, enjeux énergétiques

Magazine alternatives n° 13, 1er trimestre 2007 Rubrique : Dossier

Un habitant du continent africain consomme, en moyenne, treize fois moins d'énergie qu'un Européen, vingt-six fois moins qu'un Américain. L'enjeu consiste à réduire ces inégalités alors que la population mondiale augmente et que l'accès aux ressources énergétiques se fait de plus en plus difficile.

Au même titre que la ressource en eau, l'accès à l'énergie conditionne le développement social et économique. L'énergie est indispensable à tous les aspects de la vie, car elle permet de transformer le chaud en froid et vice versa, de se déplacer, d'éclairer, de communiquer, etc. Avec l'augmentation de la population mondiale et la croissance de la demande, les obstacles à sa disponibilité ou à son utilisation sont aujourd'hui plus importants que jamais. L'enjeu du XXIe siècle sera donc de fournir de l'énergie en quantité suffisante pour le plus grand nombre, tout en limitant les impacts sur l'environnement.

Depuis le début du XXe siècle, l'augmentation de la population mondiale et la croissance économique ont fait exploser les besoins en énergie. En 2005, la consommation mondiale d'énergie primaire a représenté 10,5 milliards de tep. La source d'énergie dominante est le pétrole (36,4 %), suivi du charbon (27,8 %), puis du gaz (23,5 %), de l'hydroélectricité (6,3 %) et du nucléaire (6 %). En retenant un taux moyen de croissance économique de 3,2 % d'ici à 2030 et une population mondiale qui dépassera probablement 8,1 milliards d'individus (dont 80 % dans les pays en développement), l'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que la demande mondiale d'énergie primaire pourrait atteindre 16,5 milliards de tep à cette échéance.

Une consommation inéquitable

Où consomme-t-on le plus d'énergie primaire dans le monde ? C'est l'Asie qui arrive en tête. Elle a consommé en 2005 près du tiers du total mondial (3,4 milliards de tep, soit 32,5 % du total mondial), du fait de son dynamisme économique et de sa poussée démographique. En raison d'un comportement très « énergivore » des consommateurs, l'Amérique du Nord arrive en deuxième position (26,6 %). L'Union européenne n'occupe que la troisième place (16,3 %), car la croissance de l'économie y est moins dynamique et parce que les États y ont mis en place des programmes de maîtrise de la demande d'énergie. Quels pays consomment le plus ? Sans véritable surprise, ce sont les pays développés (États membres de l'OCDE plus ex-URSS) avec 6,5 milliards de tep pour une population de l'ordre de 1,5 milliard d'individus. Les 4,5 milliards d'êtres humains restants consomment 4 milliards de tep. Autrement dit, 25 % de la population mondiale consomment 62 % de l'énergie primaire. La corrélation entre l'utilisation d'énergie et le développement humain est évidente, mais il est difficile d'établir des liens de causalité. Le plus souvent, l'énergie a une influence indirecte sur des indicateurs que sont, par exemple, la malnutrition, l'espérance de vie à la naissance, l'accès à l'eau potable… Il n'en demeure pas moins que la consommation d'énergie reflète les inégalités entre les peuples et traduit les différences de niveaux de vie. Les disparités sont frappantes si l'on rapporte cette fois la consommation, non plus aux régions ou aux ensembles économiques, mais au nombre d'habitants. En 2003, alors que la consommation annuelle moyenne d'un Européen équivalait à 4 tep (4,41 pour un Français), celle d'un habitant du continent africain était d'environ 0,3 tep, soit treize fois moins. Si la consommation d'énergie par habitant était alignée sur la moyenne européenne, nous aurions consommé environ 30 milliards de tep sur terre, au lieu des quelque 10 milliards relevés ! Parce qu'il n'y a pas de développement sans énergie, un système énergétique qui révèle de telles inégalités n'est ni durable, ni acceptable. Cependant, il est difficile de déterminer un niveau de consommation « idéal ». Les besoins sont-ils satisfaits lorsque chaque habitant de la planète dispose de 0,52 tep (comme en Inde) ou de 7,84 tep (aux États-Unis) ?

Les exclus de l'électricité

Environ 1,6 milliard de personnes n'avaient pas accès à l'électricité en 2002. Selon l'AIE, ces exclus seront encore 1,4 milliard en 2030. Ils habitent l'Asie et l'Afrique essentiellement et, dans une moindre mesure, l'Amérique du Sud. Pour l'AIE, l'Afrique est la seule zone où le nombre de personnes privées d'électricité augmentera d'ici à 2030. Des actions locales, reposant principalement sur des systèmes de production d'électricité à partir d'origines renouvelables (notamment l'énergie solaire photovoltaïque), sont cependant mises en œuvre. De multiples programmes d'électrification rurale décentralisée (ERD) se déroulent dans des zones « difficiles », comme en Afrique du Sud, au Mali, en Algérie, au Maroc et au Chili. Parfois, il s'agit d'installer des panneaux solaires afin de fournir de l'électricité à des foyers. Dans ce cas, l'équipement est généralement composé d'un panneau de 50 ou 75 Watt-crête, d'une batterie et d'un régulateur de charge permettant d'alimenter trois ou quatre ampoules basse consommation et une ou deux prises de courant. Parfois, les panneaux servent à alimenter des pompes d'irrigation. Plus rarement, il s'agit d'équiper des zones avec des systèmes permettant de développer des télécommunications sans fil.

La plupart des pays en développement disposant d'un bon ensoleillement, certains d'entre eux (Algérie, Égypte, Mexique, Inde) examinent les possibilités offertes par les centrales solaires à concentration utilisant un cycle thermodynamique, comme en Californie. Elles produisent un kilowattheure moins coûteux que l'électricité photovoltaïque – mais plus cher que l'électricité issue de combustibles fossiles –, tout en garantissant la puissance au moment désiré grâce, par exemple, à un combustible d'appoint. Elles pourraient prendre une part significative dans l'approvisionnement des villes de pays en développement.

Accès à l'énergie et développement durable

Laccès à l'énergie s'accommode mal des préoccupations de développement durable. Les pays les plus pauvres n'ont pas d'autres sources d'énergie que les énergies gratuites fournies par la nature (essentiellement les forêts). Selon l'AIE, plus de 75 % des populations vivant avec moins de 2 dollars par jour utilisent majoritairement la biomasse (60 %) comme source d'énergie1. Or, l'usage de ces ressources, considérées comme particulièrement écologiques, entraîne pourtant la déforestation de ces régions et appauvrit davantage leurs habitants par l'épuisement de leur unique source énergétique. En outre, les problèmes de santé publique sont  considérables, car cette biomasse est le plus souvent utilisée dans de mauvaises conditions. La pollution à l'intérieur des maisons est un fléau qui touche en premier lieu les femmes et les enfants. Quant aux pays émergents, leur dynamisme économique entraîne une consommation toujours plus forte d'énergie alors que les préoccupations environnementales restent souvent reléguées au second plan. La consommation d'énergie des pays en développement, et principalement celle des hydrocarbures, est en forte augmentation en raison de leur croissance démographique importante, de leur urbanisation et de leur développement économique. Leurs émissions de gaz à effet de serre vont donc croître, même si, ramenées au nombre d'habitants, elles resteront faibles par rapport à celles des pays de l'OCDE. La maîtrise de la demande d'énergie est donc une action prioritaire dans les pays en développement.

Reste que l'équilibre est difficile à trouver entre les objectifs souvent contradictoires de croissance économique, de respect de l'environnement et de développement humain. Le développement durable fait face à un double défi : en zone rurale, moderniser l'accès à l'énergie, en milieu urbain, maîtriser les consommations énergétiques tout en garantissant le développement conomique.

L'efficacité énergétique : un nouveau gisement

Besoin vital pour plus d'un milliard d'individus, l'accès à l'énergie sera une préoccupation pour l'ensemble de la planète en raison de l'épuisement des énergies fossiles. Cette évolution inéluctable nécessite de garder ouvertes toutes les options énergétiques sans en exclure aucune et d'accroître l'efficacité énergétique. Le seul moyen de produire plus d'énergie sans augmenter les émissions de CO2 consiste à développer la filière nucléaire et les énergies renouvelables. Toutefois, le nucléaire ne saurait constituer une solution pour tous les pays. Il présente peu d'intérêt pour les pays à faible densité de population mais s'avère très intéressant pour fournir de l'énergie dans les zones à forte densité de population.  

Parallèlement, il faudrait que pays émergents et pays en développement s'engagent sur des voies moins gourmandes en énergie que celles des pays développés, mais aussi plus propres. Ce sera difficile dans la mesure où cela suppose qu'ils aient accès à des technologies très innovantes, donc chères. Rappelons que les combustibles « carbonés » (hydrocarbures, charbon) représentent quelque 87,7 % de la consommation énergétique mondiale. Or, selon l'Agence internationale de l'énergie (World Energy Outlook 2006), au rythme de consommation actuel, nous disposons de 42 ans de réserves prouvées pour le pétrole, 64 pour le gaz et 164 pour le charbon.

À défaut d'une solution miracle, il n'y aura que des compromis, qui affecteront les modes de vie de chacun, essentiellement dans les pays développés, dont les habitants devront modifier leurs habitudes afin d'enrayer la croissance perpétuelle de leur consommation et de leurs émissions de CO2. Enfin, puisque le développement humain et la croissance économique paraissent pour le moment liés à la consommation d'énergies fossiles, des attitudes plus « vertueuses », de la part des occidentaux, « préserveront », d'une certaine manière, des ressources fossiles pour les populations défavorisées qui n'y ont pas encore accès.

1. La biomasse désigne l'ensemble des matériaux d'origine végétale ou animale pouvant être utilisés pour la production d'électricité ou de chaleur, ou encore servir à fabriquer du carburant. Sous sa forme dite « traditionnelle », elle est polluante et son rendement énergétique est faible. Ce qui n'est pas le cas de la biomasse dite « commerciale » (ou bioénergie), que l'on exploite principalement dans les pays développés pour produire de l'énergie de manière industrielle, sous forme de chaleur et d'électricité (biocombustibles), ou pour les transports (biocarburants). Elle fait alors l'objet d'une gestion maîtrisée.

Pour aller plus loin:


  • • Site de l'ICEED, centre de recherche mondialqui contribue activement à l'amélioration des connaissances sur les problématiques économiques liées à l'énergie et les diffuse auprès des institutions économiques, gouvernementales et universitaires dans le monde entier : www.iceed.org
  • • Site du PNUD, Programme des Nations unies pour le développement : www.undp.org

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