L'avenir du gaz, quels marchés et à quels prix ? : avis d'expert
Tag(s) : gazMagazine alternatives n° 9, 3e trimestre 2005 Rubrique : Dossier
Malgré les nombreuses qualités du gaz naturel, un risque géopolitique accru et des capacités de production à peine suffisantes caractériseront le proche avenir.
George H. B. VERBERG,
président de l'International Gas Union, ancien directeur général de Gasunie (Pays-Bas).
Alternatives : Quel est l'avenir du gaz naturel dans le mix énergétique mondial ?
George H. B. VERBERG : Nous prévoyons une demande en gaz naturel qui dépassera celle du pétrole et du charbon grâce à la croissance économique des pays de l'OCDE, au développement spectaculaire des économies chinoise et indienne, mais aussi russe, ainsi qu'à la préférence de nombreux producteurs d'électricité pour le gaz. Sans oublier que les pouvoirs publics reconnaissent de plus en plus que le gaz naturel est le moins polluant des combustibles fossiles. La demande en énergie maintiendra les prix des trois sources fossiles à un niveau élevé. Ceux du gaz et du pétrole resteront d'ailleurs très corrélés, même s'il existe des contrats de fourniture directs, comme en Europe et dans la zone Pacifique, ou des marchés spots très liquides, comme aux États-Unis et au Royaume-Uni. Même la baisse constante des coûts amonts sur la chaîne logistique du transport et de la liquéfaction ne supprimera pas cette corrélation. Cela dit, on constate des différentiels intéressants dans les pays consommateurs, ce qui favorise l'arbitrage sur les prix !
Cela laisse donc présager un changement du paysage concurrentiel…
Les niveaux de prix très élevés dans les régions gazières rendent le GNL compétitif quelle que soit sa provenance. En conséquence, les flux traditionnels – le gaz russe vers l'Europe, celui du Moyen-Orient vers la ceinture pacifique, l'autarcie nord-américaine… – seront remis en cause et la concurrence entre grands pays consommateurs pour accéder aux ressources s'exacerbera.
Voyez-vous des risques particuliers sur les approvisionnements ?
La sécurisation des approvisionnements constitue d'ores et déjà un défi permanent en raison de l'accroissement de la dépendance au gaz vis-à-vis d'un nombre limité de régions de production et des problèmes de sécurité liés à l'allongement des distances pour le transport, que ce soit par mer ou par gazoducs. Ce qui implique d'emprunter des détroits maritimes très exposés ou de traverser de nombreuses frontières. La dimension géopolitique pour toutes les énergies négociables sur les marchés ne pourra que s'amplifier, y compris pour le gaz. Par ailleurs, comme l'a souligné l'AIE (Agence internationale de l'énergie), compte tenu des besoins et des limites des capacités actuelles de production, il est urgent que les compagnies investissent davantage dans l'exploration plutôt que dans des opérations de rachat d'actions !
Dans ce contexte, comment définissez-vous le positionnement du gaz naturel ?
Le gaz naturel dispose d'avantages certains sur les plans financier et économique et se positionne bien sur le plan environnemental. Pour leur fonctionnement, les centrales au gaz ont besoin de beaucoup moins d'eau pour leur réfrigération que les centrales au charbon et elles ont également une surface au sol bien inférieure, ce qui laisse une grande souplesse pour leur localisation. Mais en tant que responsable, je rappellerai que la meilleure énergie, c'est encore le mètre cube que l'on économise.

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