Quels réseaux pour soutenir la croissance ? L'exemple indien… : avis d'expert
Tag(s) : réseaux électriquesMagazine alternatives n° 10, 4e trimestre 2005 Rubrique : Dossier
Alors que la croissance de son PIB frôle les 7 % et que moins de la moitié des foyers sont connectés, l'Inde vient d'engager un vaste programme d'amélioration de son réseau électrique.
V. RAMAKRISHNA,
Central Electricity Authority, Inde.
Alternatives : Quels sont les points forts et les points faibles des infrastructures de transmission et de distribution d'électricité en Inde ?
V. RAMAKRISHNA : Au tournant de ce siècle, nous sommes passés de la production et du transport de l'électricité orientés vers l'autosuffisance régionale au concept du « All India basis », l'optimisation des ressources à l'échelle du pays tout entier. Ce concept favorise l'amélioration des réseaux au détriment du transport intérieur du charbon*. La production d'électricité étant très dispersée, nous avons divisé le pays en cinq « régions énergétiques » et nous procédons actuellement à l'intégration des importants réseaux régionaux au sein d'un système de réseau national qui se met rapidement en place. Outre le réseau régional en 400 kV, complété par un réseau en très haute tension en courant continu pour les longues distances, nous disposons également d'un réseau de 1 000 km en 765 kV. Celui-ci n'est exploité pour l'instant qu'en 400 kV et il le sera en 765 kV en temps voulu. La distribution en haute tension (33 kV, 11 kV), et en basse tension a été négligée et constitue le point faible du système. Les raisons en sont principalement la subvention des tarifs, l'insuffisance des moyens de relevé des compteurs et les branchements illégaux. Avec, pour conséquence, une insuffisance de fourniture d'électricité (encore supérieure à 10 % des besoins) et des pertes qui peuvent atteindre jusqu'à 40 % dans plusieurs États de l'Union indienne.
Alternatives : Comment adapter les infrastructures à l'augmentation d'une demande sous-tendue par une croissance économique très forte ?
V. R. : La demande d'électricité croit en moyenne de 8 % par an. Le programme « Electricity for all in 2012 » propose, d'ici à cette date, d'augmenter la capacité installée de 122 GW à 221 GW. Nous accroîtrons en conséquence les transmissions en très haute et haute tension. Ainsi, le réseau de 400 kV, actuellement de 65 000 km, sera presque doublé, de même que les réseaux de distribution haute tension, tandis que la capacité des transmissions interrégionales, qui formeront l'épine dorsale du réseau national, sera augmentée de près de 400 % ! Nous comptons également remédier aux déficiences du système de distribution au plan technique et le développer pour soutenir la croissance. Nous apportons pour cela une assistance financière aux compagnies d'électricité.
Alternatives : Du fait d'une production très décentralisée en zones rurales, les infrastructures actuelles de distribution sont-elles compatibles avec la constitution du réseau national ?
V. R. : L'Electricity Act 2003 a conduit le gouvernement à promouvoir les systèmes de production fondés sur les énergies renouvelables et les sources non conventionnelles. Ces systèmes sont donc dispensés d'agrément officiel. Cependant, dans un contexte de forte demande comme le nôtre, ils ont un rôle complémentaire essentiel dans les régions éloignées. Cette forme courante d'énergie subsistera donc en dehors du réseau pour une période prévisible assez longue. De ce fait, le développement du système de réseau national et celui des réseaux décentralisés dans des « poches régionales » spécifiques devront se faire en parallèle.
* Dont l'Inde est le troisième producteur mondial derrière les États-Unis et la Chine.

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